L’année 2020 approche à grands pas, ou bien elle est peut-être déjà arrivée pour vous lecteurs. Elle marque le début d’une nouvelle décennie, ce qui n’est pas rien. En dix ans, à la vitesse ou l’on vas, tout peut changer – que ce soit dans un pays, dans l’Univers ou bien dans nos vies seules. Mais qu’est-ce qu’une décennie, exactement?
Est-ce une ère, un mouvement, une idée? Ou est-ce plutôt une simple série d’années, qui aboutit à la dixième? Et si oui, pourquoi dix? Pourquoi pas onze? C’est tout simplement à cause du système de bases utilisé. Les nombres, dans la plupart des contextes du monde de tous les jours, sont utilisés en base dix, c’est pour cela qu’on les écrit tous avec dix chiffres seulement.
Mais si l’on écrivait tout en base onze, par exemple, l’année 2020 aurait-elle toujours autant d’importance? Logiquement, elle n’en aurait pas. C’est donc une simple habitude mathématique qui modifie l’image que l’on a de “changement” ou de “nouveau début” dans la “prochaine ère” de nos vies. C’est par un conformisme utilitaire, celui de la base 10, que l’on tente de classifier ainsi les progressions.
Voilà un moyen de donner de l’importance aux choses là où il n’y en a pas. En grandissant je dirais à mes enfants que j’ai été un enfant des années 2010, mais à quoi cela leur servira-t-ils? Iront-ils se documenter sur les grandes idées des années 2010, pour ensuite me classifier et classifier les autres de mon âge selon des mouvements populaires de l’époque? L’humain ne se définit pas à un rythme imposé par des choix mathématiques, l’humain se définit par sa propre expérience, qu’elle soit comptée en décennies ou en lots de onzes années.
Certains diront que le principe de classification sert dans la vie de tous les jours à mieux communiquer certaines idées. Dans ce cas-là il est important de ne pas confondre utilité et attachement émotionnel. C’est le principe de décennie qui doit servir aux échanges d’information, mais ce n’est pas le principe de décennie qui doit définir votre personne.
Au delà des décennies, il y a les années, qui elles-mêmes se basent sur une rotation entière de la Terre autours du Soleil. L’année n’existe donc que sur Terre, qui elle ne représente qu’une quantité infime d’espace comparée au reste de l’Univers. Et au-delà même des autres planètes, le temps lui-même ne pourrait jamais se mesurer de manière linéaire, puisqu’il est relatif à l’espace et au mouvement, selon Einstein.
Ainsi l’on est vite rappelé à l’ordre lorsque l’on voit la spécificité pathétique de notre vision de ce qu’est une “décennie.” Comment conclure autrement qu’en répétant ce que disait Protagoras il y a environ 2400 ans, ou 240 décennies, ou 219 lots de onze années – “L’homme est la mesure de toute chose.”